La guerre des melons [2] : la chair saisonnière
Alors donc j’ai fais un peu plus d’une semaine, c’est court mais c’est déjà très riche en enseignements.
D’abord sur le taff lui même. c’est une évidence mais il faut le rappeller avant tout, c’était de l’exploitation pure et simple.
Pour s’en convaincre séquence maths :
un seau rempli de melon = 8 melons. Un “palox” = 250 melons. En une heure, à 3 porteurs, on remplissait 6 palox environ, soit 2 chacun.
le salaire était de 8 euros de l’heure. bref, pour ce que vaut un seau, plus value de 2 « palox »moins un seau. En ajoutant que le patron paye le salaire indirect ( cotisations patronales) et qu’une heure de travail lui coûte double de ce qu’il me paye, on a quand meme, pour 16 melon de l’heure, un bénéfice de 500 melons. en somme un rapport de 1 pour trente.
pour le MEDEF on appelle ça l’ajustement offre / demande. En terme gauchiste, c’est juste la guerre sociale.
Nous étions donc exploités. Qui plus est, le doux patron qui nous faisait l’honneur de nous avoir embauchés ne prenait pas la peine de nous faire porter de l’eau pendant qu’on bossait, et nous interdisait même de manger des melons qu’on ramassait, allant jusqu’à les faire payer comme n’importe quel client si on en voulait absolument.
Bien sûr, nous mangions des melons quand même, faut pas déconner. On va pas se laisser crever de soif et de faim pour faire plaisir au patron.
j’ai aussi très rapidement senti les rapports de hiérarchie (qui m’étaient plutôt inconnu dans le milieu militant). On n’était pas tous égaux. Chacun dans sa rangée pour les coupeurs, chacun ses coupeurs pour les porteurs. Si un avait du retard, c’est individuellement qu’un autre l’aidait. On était une équipe mais les liens n’avaient rien à voir avec les liens de camaraderies. J’ai très vite senti que les rapports de domination entre nous ne se fondaient pas sur la compétence (oh?) mais sur la loi du plus fort, bref la jungle d’une concurrence impure et imparfaite.
Cela ne remettait pour autant en rien en cause notre bonne entente. Hormis les portuguais qui vivaient entre eux, on bouffait tous ensemble tous les midi et on est devenu assez pote au fur et à mesure. Je dois d’ailleurs remercier tout le monde parce que sans cette bonne entente, j’aurais pas tenu mentalement comme physiquement plus de 3 jours.
j’ai appris à connaitre des gens qui n’étaient pas du tout de mon milieu (étudiant militant). Avec un jeune de mon âge qui fait les saisons toute l’année et qui en vit. Un type avec un master en comptabilité d’entreprise et qui n’a rien d’autre. Et puis tous les autres, issus de classe populaire et qui n’avaient rien d’autre et pour qui ce boulot c’était de la bouffe dans le frigo pour els mois à venir, point final.
Alors forcément, oui, j’étais “privilégié”, au sens où ce boulot était une nécessité mais pas une obligation vitale.
alors la lutte des classes ? Je n’ai malheureusement pas pu beaucoup en discuter avec les autres saisonniers. Pour les portuguais, aucun doute, ils étaient prêts de leur propre aveu à vendre leur force de travail pour moins que ça tant qu’ils avaient du taff. Et travailler plus de 9h par jour ne leur posait apparemment pas de problème éthique.
La lutte des classes, je l’ai finalement le plus senti au moment de me faire virer. j’avais à ce moment envie de dire ses quatre vérité d’exploiteur au contremaitre puis au patron. Mais je n’ai rien dis, trop surpris par cette annonce et par “respect” pour celui qui m’écrase.
ET là, incroyablement je n’ai eu qu’une seule pensée qui m’est instantanément venue à l’esprit : le syndicalisme.
S’il y avait eu un syndicat, oui, j’aurais pu me défendre, on aurait pu obtenir de l’eau dans les champs, on aurait pu convenir d’un nombre limité de melons par jour, etc .. et surtout on aurait pue xercer collectivement nos droits sociaux.
SAuf que le syndicalisme n’existe quasiment pas dans le travail saisonnier. Comme dans l’interim. comme dans le chômage.
Voila la conclusion finale de cette expérience. Encore plus militer, encore plus s’impliquer, encore plus syndiquer.
Et si ça n’avait pas suffit, on aurait pu faire grève pendant quelques jours. Les 15 ouvriers en grève, il ne peut pas tous les licencier, s’il l’avait fait, on aurait pu saccagé les serres et les champs. bref, on aurait luttés nous aussi, menant bataille dans cette guerre de classe. On aurait peut etre perdu bataille, mais on aurait gardé notre dignité. Là, nous vendons juste notre force e travail comme un chair à canon corvéable à merci.
Et le pire c’est que ce n’est plus de l’ordre du discours comme j’en ai l’habitude, mais de la pratique.
…
On n’en revient toujours à la grève. C’est tellement banal de nos jours que ça en perd beaucoup de son impact. ( mais enfin ce n’est que la réflexion d’une fille de droite …:D )
Le pauvre petit pépére, il est fatigué pour avoir travaillé 1 ou 2 mois. J’ai une idée, puisque tu es fort en math !!!
Achète toi un coin de terre (emprunte à une banque); sème et récolte des melons toi-même pour ne pas “exploiter” ton prochain ou alors embauche et paie, je sais pas moi .. disons 50 € de l’heure ou plus encore.
Voilà, il faut des gens comme toi; qui acceptent de prendre des risques financiers, qui paient trés bien les salariés qui se contre-fou des prix de revient (coût de mise en production)et qui bosse 12 h par jour 6j sur 7.
Sinon, il reste une autre solution, si tu ne veux pas travailler au smic ……. reste chez toi .. tu toucheras le RMI ou le RSA à rien foutre, le tout financé, devine par qui ??? une belle victoire social !!!! ça explique la présence des portuguais
Ahh, quel bonheur, ne rien faire, jalouser ceux qui font et gueuler comme un âne (c’est la faute des autres)- Reste assister toute ta vie si tu veux mais arrête de dire des conneries !!!!